Le Capricorne et l'apprentissage de la descente



Celui qui a achevé son œuvre à la perfection n’a plus qu’une chose à redouter : le temps. Le Capricorne est comme l’architecte d’un palais de glace : il n’a pas eu le temps d’être fier que déjà, l’angoisse le saisit de voir son édifice voler en éclats.


On a coutume de décrire le signe du Capricorne comme celui de l’ambition : c’est oublier à quel point il se sent mal à l’aise sous les ovations. Il entend dans son dos, comme les généraux qui triomphaient à Rome, l’esclave chargé de tenir sa couronne de lauriers chuchoter : Memento mori (Souviens-toi que tu vas mourir), et Cave ne cadas (Prends garde à ne pas tomber).


Prends garde à ne pas tomber ! Le Capricorne a le regard baissé. De là sans doute, cette profondeur de jugement unique dans le zodiaque. La hauteur est son élément. Aussi, n’a-t-il pas grand-chose à en apprendre. Parvenu au sommet, il n’aspire à rien tant qu’à redescendre.


En astronomie, la constellation du Capricorne est parmi les plus anciennes répertoriées.

Elle est associée au solstice d’hiver, aux jours les plus sombres de l’année. Denis Labouré remarque que « La pleine Lune prenait place dans ce signe au milieu de l’été, quand le Soleil atteignait le point le plus élevé du ciel ». Astronomiquement, le Capricorne est marqué par la verticalité. On se demande comment les Babyloniens ont pu y reconnaître une chèvre à queue de poisson, animal improbable qui n’a d’ailleurs jamais existé que dans le zodiaque.



Saturne - Goya

La mythologie est laconique au sujet de cette chèvre. Les astrologues associent le Capricorne à Saturne, Cronos chez les Grecs, dont le mythe illustre la peur du déclin. Car le règne de Saturne coïncide avec l’âge d’or, cet âge où toute chose était parfaite et abondante. Dans un tableau si parfait, le temps qui passe et change tout tôt ou tard répandait son ombre. Averti qu’il serait détrôné par un de ses enfants, Saturne les dévorait les uns après les autres… On détruit bien des choses parce qu’on les aime trop, par peur de les voir changer… Il faut croire que Saturne n’aimait que le commencement et cherchait un moyen de le faire durer éternellement. Prolonger le début à l’infini. Toujours voir naître, ne jamais voir grandir : c’était tragiquement impossible. Un jour, sa femme lui fit gober une pierre au lieu du dernier-né Jupiter. Ce fut ce dernier qui, une fois grandi, détrôna son père mettant fin à l’âge d’or.


Le mythe associé au Capricorne évoque mieux la chute que l’ascension. Son destin est de renouer avec le sol, le bas, le trivial. Son heure de gloire est passée, il n’a plus de récompense à recevoir et, pour reprendre la fameuse expression, il doit « descendre de son char ». C’est à ce prix seulement qu’il connaîtra la paix, et peut-être le bonheur.



Tout le monde connaît la pomme de Newton (25 décembre) qui lui inspira, selon ses propres dires la théorie de la gravitation universelle. Tout le monde connaît aussi l’expérience de Franklin (17 janvier) qui prouva la nature électrique des éclairs grâce à un cerf-volant aux cordes humides. Cette expérience permit l’invention du paratonnerre. Prométhée dérobant à Jupiter le feu du ciel pour le donner aux hommes était sans doute Capricorne…


On peut trouver de la dureté dans ce caractère qui décroche du ciel tout ce qui n’y a pas sa place. Ennemi des paroles en l’air, des gloires sans fondement, il dépouille, élimine, épure, et se restreint lui-même à l’essentiel. Il écarte ce qui est vain, coupe les liens superflus. Sa probité même lui fait des ennemis. On pourrait le juger austère mais le Capricorne cherche surtout à se décharger d’un poids trop lourd. On peut imaginer que Saturne, avec son rocher dans le ventre, endurait comme une torture le poids des confettis tombant par hasard sur son épaule. Certains veulent toujours plus. Le Capricorne a besoin de se délester.



Crucifixion - Le Tintoret

Autre Prométhée, Jésus-Christ (dont la date de naissance un 25 décembre, fixée par l’église catholique pour remplacer les fêtes romaines des saturnales, n’a il est vrai rien d’historique) offre, avec la croix dressée sur le Golgotha, l’image saisissante d’un dieu qui s’humilie en ayant accepté de mourir comme un esclave. Ennemi des puissants, des riches, des marchands, Jésus fréquentait les malades, les prostituées, et parlait aux enfants. Son enseignement, qui nous parvient dans le sermon sur la montagne consiste en une inversion frappante des valeurs : « quiconque s’élève sera abaissé, et qui s’abaisse sera élevé. » (Luc, chap.14, 11)


Il y a de l’héroïsme à braver l’ignominie, le déclassement, ou bien la mort. On se retranche du jeu, on se suicide parfois par excès d’amour-propre. Comme l'écrivain Mishima (14 janvier) qui organisa minutieusement son seppuku (suicide traditionnel) pour se tuer bravement, dans un respect scrupuleux du cérémoniel japonais et avec un grand sens du spectacle, en présence d’un général qu’il avait pris en otage et de 800 soldats, parce qu’il ne se reconnaissait plus dans la société du Japon d’après-guerre.


Oui, la manière de déchoir illustre la grandeur d’âme de celui qui tombe. C’est le sujet des tragédies de Racine (22 décembre) : Andromaque, la sublime veuve d’Hector, promise en secondes noces au médiocre Pyrrhus, ou Bérénice abandonnée le jour même de ses noces. Il y a jusque dans la langue de Racine cette économie, ce dépouillement propre au Capricorne, réduisant chaque réplique à l’essentiel.



Mais pour échapper au malheur, c’est avec l’idée de grandeur elle-même que le Capricorne doit rompre. Qu’il se détende un peu, et accepte avec sourire ses imperfections, qu’il aille jusqu’à rire de lui-même, et il devient Molière (15 janvier) ! Bien des pièces de Molière sont des pastiches de la tragédie. Les parents et les barbons se lamentent de l’impertinence du siècle. Ils courent après de vieilles lunes, comme Harpagon après sa cassette dans L’Avare, ou le vieil Arnolphe dans L’Ecole des femmes qui veut se rendre maître des désirs d’Agnès en l’enfermant dans sa tour d’ivoire. Ils sont systématiquement déjoués. La morale de Molière jette aux orties la rigueur utopique des anciens temps. C’est une leçon d’indulgence contre ceux qui ne se pardonnent pas à eux-mêmes :


"Mon Dieu, des moeurs du temps mettons-nous moins en peine, et faisons un peu grâce à la nature humaine ; ne l'examinons point dans la grande rigueur, et voyons ses défauts avec quelque douceur. Il faut, parmi le monde, une vertu traitable ; à force de sagesse, on peut être blâmable ; la parfaite raison fuit toute extrémité, et veut que l'on soit sage avec sobriété." (Le Misanthrope, I, 1)



Ce qu’il découvre alors, c’est la société, la compagnie, un amour qui ne se borne plus aux critères de la perfection, mais qui peut s’étendre à tout le monde : parce qu’il a appris à pardonner. Il peut devenir comme Martin Luther King (15 janvier) le chantre de la déségrégation. Refusant la vindicte des Noirs contre les Blancs prônée par le Black Power, ce dernier étendait son rêve de fraternité à tout le genre humain.


L’abandon de ses exigences lui ouvre des horizons nouveaux. En communion avec les forces d’en bas, celles du monde et de la nature, il découvre une liberté insoupçonnée, il ose enfin être lui-même. Il retrouve cette force qui lui faisait défaut maintenant qu’il ne craint plus de faire un mauvais geste ou un faux pas. Comme le loup de Jack London (12 janvier), il oublie les codes de son éducation, les rites de passage, les harnais, ce qui était autorisé ou interdit, et retourne hurler au cœur de la forêt, chez ses frères.



© 2018 Fabrice Estreguil astrologue professionnel - Siret :  852 214 659 000 17

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